CHARLOTTE LAURIER
Le voyage intérieur
Marie-Joëlle Parent
Le Journal de Montréal
16-02-2008 | 11h00

Trente ans après Les Bons Débarras, Charlotte Laurier a l’impression de faire son grand retour au cinéma. Elle a réalisé Les Plus Beaux Yeux du monde, un film sur le poids d’être mère et un retour aux sources de son enfance passée en France.
Les yeux. C’est la première chose qu’on remarque quand on rencontre Charlotte Laurier. De grands yeux ronds, miroir de ses émotions.
Mais où se cachait-elle depuis dix ans? Après son rôle remarqué dans 2 secondes de Manon Briand (1998), l’actrice est disparue du grand écran.
«Je suis allée vivre à la campagne, je me suis retirée. Je me suis mise à l’écriture. J’avais besoin de me redécouvrir. Ça a été un voyage intérieur dont j’avais besoin pour me connaître, comme je travaillais depuis l’âge de 11 ans», confie-t-elle dans un restaurant du Vieux-Montréal.
À travers ça, elle a écrit deux pièces de théâtre, un film, et élevé ses trois filles, qui ont aujourd’hui 17, 14 et 7 ans.
DIFFICILE D’ÊTRE ACTRICE
Avec le recul, Charlotte Laurier réalise qu’elle en avait marre de se conformer au mode séduction du métier d’actrice.
« Aujourd’hui, je peux dire que j’ai traversé de l’autre côté. C’est très difficile de décider de faire un 360 quand tu es actrice. C’est un métier qui va avec le désir, avec la séduction. Il y a quelque chose de passif dans le processus. C’était très dur parce que je ne me sentais pas que séductrice, je me sentais très habitée. J’ai une sensibilité très exacerbée et ça pouvait sortir très fort en audition », confie-t-elle.
Charlotte revient donc au 7e art avec un film empreint de ses souvenirs d’enfance. Un drame intimiste, artisanal, qu’elle réalisé avec une équipe de trois personnes et un budget de 200000 $, grâce au mécénat.
Elle a embarqué des amis comédiens comme Luc Senay, Joëlle Morin et Pierre- Luc Brillant, de Crazy, mais aussi toute sa famille.
Son mari, Pascal Courchesne, technicien de cinéma, coréalise avec elle. Ses trois filles ont aussi un rôle. «C’est cause de mes filles que je suis revenue au cinéma. Je voulais partager avec elles l’expérience du cinéma comme j’ai commencé à en faire toute jeune», glisse-t-elle.
Elle donne aussi tout le crédit à Barbara Uhde, une étudiante qui sortait à peine de Concordia. «Elle a tout fait, même la perche!» dit-elle.
MÈRE EN DÉRIVE
En plus de réaliser, Charlotte Laurier incarne le personnage principal de Marion, une Française déracinée qui a fondé une famille au Québec. C’est une mère en mal de vivre qui décide de prendre la fuite pour renouer avec ses racines. Sa cavale est parsemée de flash-back. Plusieurs scènes ont d’ailleurs été tournées dans le sud de la France et Time Square.
Ce film, c’est aussi une façon pour Charlotte Laurier de se rapprocher de son père d’origine française. On retrouve plein de parallèles avec sa vraie vie, comme le fameux snack-bar où elle a été élevée. Galvanisée par son film, elle travaille déjà avec son mari sur un prochain long métrage intitulé Arthur le Preux. Elle déposera son projet pour obtenir du financement. À 41 ans, Charlotte est de retour dans le circuit…
Les Plus Beaux Yeux du monde seront présentés aux Rendez-vous du cinéma québécois le 21 février, à 17h15, à la salle Claude-Jutra.
Charlotte Laurier sera à l’émission La Fosse aux lionnes le jeudi 21 février, 10 heures, à Radio-Canada.